Livre de Jacques Bellefroid - Les étoiles filantes - Presse : critique littéraire de Maxime Caron, La Voix du Nord


ACCUEIL > REVUE DE PRESSE > LA VOIX DU NORD > LES ETOILES FILANTES

 
 
La Voix du Nord - Maxime Caron
Les étoiles filantes par Jacques Bellefroid
 

 

  II y a dans ce petit roman une gravité à laquelle on n'est pas accoutumé, parce qu'elle est habillée de légèreté et d'ironie. En effet, son allure pleine de vivacité serait plutôt celle des étoiles filantes désignées dans le titre. Et comme pour alléger encore l'action, le livre ne compte que quatre personnages (le cinquième n'apparaissant que quelques secondes) : deux amis, Boris et Franck, une jeune femme, Katia, qui est l'amie du premier et Hélène, amie de la première. En réalité, bien que sans elle rien n'aurait pu commencer, Hélène n'existe qu'en retrait, car tout au long de la fête que se donneront les amis elle restera « la danseuse » -un peu immatérielle annoncée au début de la soirée pour s évanouir à l'aube et laisser les deux amis seuls avec Katia. Sur l'invitation discrète de Boris, «le fils d'Essénine », Franck ira rejoindre Boris et Katia dans le lit de cette dernière pour partager leur sommeil. A partir de ce moment s'établiront à l'intérieur de cette trinité des rapports auxquels il serait facile, si l'on n'y prenait garde, de donner une interprétation pour le moins controuvée, car si Boris semble aimer Katia, Katia peu à peu se comporte comme si elle aimait les deux amis, ce qui mettra alors le trio dans un équilibre instable où finalement l'un des deux hommes, après s'être marié à la hâte avec Katia (mais est-ce là un mariage ou bien n'est-il que son simulacre ?), disparaîtra d'une manière tout aussi mystérieuse que les étoiles filantes. Et à qui imaginera qu'on est en présence d'une situation, de classique cocuage, on pourra répondre que c'est tout au contraire et que ce roman se termine, quoique la passion se manifeste sans fracas, par une scène où il y a plutôt comme l'aura amoureuse qui enveloppe Rogojine et le prince Mychkine, dans L'idiot de Dostoïevski, quand ils veillent sur Nastassia Philippovna. En tous les cas, les dernières pages ont le pouvoir de faire naître une émotion aussi bouleversante que celle créée par l'écrivain russe, à moins qu'elle ne soit comparable en force, en suggestion et en retenue à celle que l'on peut ressentir à la fin du film Jule et Jim de F. Truffaut, bien que ce roman - et c'est peut-être de là qu'il tire en grande partie son originalité et sa finesse - ne puisse en rien s'apparenter à une exposition sentimentale.


Maxime CARON
Ed. La Différence - 134 pages - 49 F


 

 


Cliquer ici pour revenir à l'accueil du site
 
www.bellefroid.com

page rank