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Télérama - Michèle Gazier
Passager de lumière
Jacques Bellefroid. L'écrivain se considère lui-même comme un voleur de temps. Qui a le don de capter des fragments d'éternité avec le regard vierge de l'enfance.

 

Si vous êtes fatigués de voir, d'entendre, de lire tous les romanciers vedettes de la rentrée. Si vous préférez Vermeer à Delacroix, Proust à Sulitzer, la musique de chambre aux fanfares et aux orphéons, Jacques Bellefroid est votre homme et [e Voleur de temps, son cinquième roman, votre prochain livre de chevet.
Car Bellefroid capte son lecteur en douceur avec la maîtrise et l'élégance des stylistes, ceux qui ne font pas du style précisément. Il le guide au pays de ses rêves, de ses folies, et il le quitte au bout d'un voyage si intelligent, si dépaysant, si sensible, que le lecteur conquis n'a plus qu'une seule envie : le retrouver pour un nouveau tour de manège ou pour un autre livre, du même auteur !
Le Voleur de temps, ce sont quelques évocations d'enfance, des souvenirs épars, troués d'oubli, illuminés de mémoire fulgurante, patines par les ans. Le narrateur, petit garçon dans les nuages, a des océans d'ignorance, d'étonnement, de doute, et des ilots de certitude. Provocateur et déjà persuadé de l'obscur pouvoir des mots, il écrit à la craie rouge son premier texte. Moins qu'un roman, plus qu'un pamphlet, sa première contribution littéraire a cinq lettres de feu et une grosse punition à la clef : « Merde ».
Mais comme c'est en écrivant qu'on devient écrivain, il sait dès lors qu'il a trouvé sa vocation. L'écrivain en culottes courtes n'a besoin que d'une seule chose pour démarrer son œuvre : du temps. Celui de la rêverie, de la vie double. Temps précieux et fragile, arraché à la monotonie bien rythmée de la vie de collège avec des malices de voleur.
Ce temps-là ressemble à une feuille blanche collée sur le quotidien, qui l'épouse et le dissimule à la fois. Il ne reste plus au voleur de temps qu'à inscrire su r cette plage libérée, les signes d'une histoire qu'il s'invente à l'insu des autres, parents attentifs et bienveillants, ou maîtres sévères.
Tout écrivain est un voleur, nous dit Jacques Bellefroid en ressuscitant avec amour, humour, tendresse et un brin de nostalgie, ces années d'enfance, d'escapade, de fausse obéissance. Dans sa solitude, le gamin d'hier sait déjà qu'il y a dans les mots cette possibilité « d'un passage de lumière entre soi et les autres ». Tout comme il sait aussi, d'instinct, que la vie, la beauté de la nature sont parfois plus forts, plus envoûtants, plus authentiques dans un simple tableau que dans un vrai jardin.
Car l'artiste, l'écrivain, ont cette grâce particulière de pouvoir capter les fragments d'éternité. Ils savent garder cette sorte de candeur et de clandestinité, ainsi que ce regard vierge et rusé de l'enfance.
Vous, qui avez goûté la saveur discrète et persistante des précédents romans de Jacques Bellefroid, en particulier du Voyage de noces, vous qui avez envie de promenades buissonnières en territoire romanesque, hâtez-vous de découvrir Le Voleur de temps. Discrètement, sans éclats, Jacques Bellefroid tisse sa toile. Et c'est une toile de maître !

Michèle GAZIER - Télérama


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