Livre de Jacques Bellefroid - La grand porte - Presse : critique littéraire d'Anne Villelaur, Les Lettres Françaises


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Les Lettres Françaises - Anne Villelaur
La mémoire et la Littérature
 


C'est dans un style très différent, le cas du premier roman de Jacques Bellefroid : La grand-porte est ouverte à deux battants.
Ici c'est surtout une façon de fignoler certaines phrases, un goût trop prononcé pour les onomatopées, pour les jeux de mots qui agacent parfois. La grand-porte... c'est encore une histoire dans laquelle la mémoire joue un rôle prépondérant. Mais l'auteur a eu une idée assez séduisante : il prend ses personnages au réveil, dans une maison où la plupart des gens sont venus pour des obsèques. C'est la maison familiale pour lui, mais les souvenirs ne naissent pas dès le matin. Il faut que les bruits, les voix, l'atmosphère l'aident à reconstituer tout ce qui l'a environné dans le passé. Elle, visiblement, connaît fort mal la maison, la ville, et dans la journée, elle semblera s'effacer pour permettre au narrateur de reconstruire ce qu'il appelle "l'édifice fragile et perpétuellement recommencé de mes incertitudes Ce château de sable que je n'ai cessé de refaire depuis que je suis sorti de l'enfance..."

Peut-être Eva sent-elle, en laissant son mari se diriger — en compagnie d'une cousine jeune et jolie — vers un jardin public dont il a trop rêvé, qu'il en arrivera très normalement à dire : "il est vain de retourner voir quelque chose dont le souvenir vous hante ou vous taraude inconsciemment depuis longtemps à tel point que vous en avez rêvé, car ce quelque chose n'a plus rien de réel, c'est une création de l'esprit, et vous n'avez aucune chance de la retrouver ici ou ailleurs, il n'existe pas..." La plupart des éléments du souvenir qui ont surgi le matin, quand l'homme sortait à peine du sommeil, vont, au mieux, à la suite de cette journée si bien faite pour faire jaillir l'enfance, l'adolescence, soit s'estomper, soit être remisées à leur unique place de souvenirs — sur lesquels on rêvera peut-être moins quand il y a eu confrontation.
Si Jacques Bellefroid ne semble avoir trouvé son style que dans les seuls passages consacrés — le matin et en fin de roman — à cette zone mal définie entre sommeil et veille, il est évident que ce n'est pas seulement l'éveil qui est un réajustement dans le présent, mais le livre tout entier. Et cette entreprise — encore une fois, à condition de passer sur le maniérisme de l'auteur — est menée assez joliment. Que fera Jacques Bellefroid par la suite ? C’est une autre histoire…

 

Anne Villelaur - Les Lettres Françaises

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