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L'Humanité du 16/11/1999
Un vrai de vrai
Bellefroid invité de Bernard Pivot
 

 

" J'suis pas complète, j'connais pas la haine. " Il traîne sur " la haine " pour imiter Arletty. Il est le sixième invité de Bernard Pivot, celui qui clôt l'émission. Il est poète et romancier, recommandable dans les deux exercices, il porte un nom de premier de cordée, il se nomme Jacques Bellefroid. L'émission, sur le temps, les moeurs, a débuté avec un journaliste, un ancien jeune, la tête de Guy Forget, qui a écrit un livre avec des mots. Elle se termine avec une vraie tête de vieux sans âge, authentique : des cheveux en soies de sanglier, les yeux dans les sourcils, une bouche qui mâche une feuille de chou. Il porte un tricot sous une vieille veste et sous le tricot une chemise et un maillot de corps. Il a de grands gestes comme pris de vin. Il est généreux dans ses effets, dans sa littérature ; il le souligne : cinq cents pages, il a écrit, presque une provocation ! Il le dit, croit au pied de nez : " Pourquoi pas se faire plaisir en lisant ou en écrivant ? " Pivot conclut son émission avec Bellefroid, Jacques, de l'épais, du solide, une pierre posée sur le ventre du temps.

" J'suis pas complète, j'connais pas la haine. " Il répète la phrase d'Arletty, la roule dans la bouche. " Pour moi, c'est une des phrases les plus intelligentes qui aient été dites dans le siècle, c'est plus fort que les oeuvres complètes de Hegel, ça, si, du point de vue philosophique. " Il a le doigt pointé vers le ciel. " Hegel, lui, il écrit ''toute conscience de la mort de l'autre''. Hum, on connaît ce que ça veut dire " Là, on le sent qui sent qu'il s'égare. " C'est quand même le siècle de la haine, le XXe siècle ? " Il guette Pivot. " Non ? " " Ah ! si, si, sans aucun doute ", corrobore Pivot. " La haine, on en a eu des flopées ", apprécie Bellefroid, que ça rend songeur, et on le serait à moins. " Le roman n'est pas du tout sur la haine ! " le rattrape alors Pivot. " Ah neuneu ! ", atteste Bellefroid, la main qui l'en défend : la haine, juré, je n'y touche plus. Il renifle.

On se demande de Bellefroid : animal ou minéral ? Une belle bête, assurément, pas un homme de plateau, il y est pataud, à l'étroit, mais il y est parfait, car c'est aussi un genre. Le sujet du roman (1), explique Pivot, c'est le vrai et le faux. " La grande réussite de votre livre, c'est qu'à la fin, on se demande si vos personnages sont vrais ou faux, et à tel point qu'on se demande si, vous, vous êtes vrai ou faux. " Bellefroid part d'un grand rire bronchique. " Qu'en pensez-vous ? Vous êtes comme saint Thomas, vous pouvez toucher ! "

(1) Fille de joie, aux éditions de La Différence.

http://www.humanite.fr/Un-vrai-de-vrai

 


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